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Rousseau au fil des mots

ADIEU GENÈVE !

“Je ne fus pas longtemps en doute sur l’accueil qui m’attendait à Genève, au cas où j’eusse envie de retourner”

 Jean-Jacques Rousseau

La cathédrale de Genève, jonchée sur les pentes de la vielle ville, offre une vue époustouflante sur le lac Leman. Vue d’en haut, l’île de Rousseau se dresse comme étant la seule citadelle verte et ombragée, perdue au milieu des façades bétonnées des immeubles qui l’encerclent : la dernière fortification verte avant le rouleau compresseur de la civilisation. Rousseau aimait s’y rendre sur ce que jadis s’appelait l’Ile des Barques, parce qu’il trouvait là un endroit privilégié où il pouvait vivre en paix son penchant pour la nature et son mépris des hommes.

Longtemps, mon seul ami genevois a été la statue de Rousseau sur l’île qui porte son nom. Habitée par les saules pleureurs et les peupliers d’Italie, l’île a été aménagée de manière à rappeler celle du petit lac d’Ermenonville si chère au philosophe. Car, Genève a été un mauvais parent pour ses enfants, notamment en fermant ses portes à Jean-Jacques Rousseau qui renonça à la citoyenneté suisse. Quelques siècles plus tard, j’ai renoncé moi aussi à la citoyenneté suisse quand l’Office de la Population nous a annoncés que nous, les enfants, nous avions droit de rester sur le sol helvétique, mais que les parents devaient rentrer puisque la guerre ne sévissait plus leur terre natale. Destination : l’Amérique et ses espaces au goût de l’infini.

À l’instar du promeneur solitaire, préoccupée moi aussi par le salut de mon âme, j’ai prit un train de non-retour vers le silencieux monde de la nature, essayant tant bien que mal de me pencher sur les abysses de la culture et les grandeurs des espaces naturels. Mais Rousseau n’a pas connu l’immensité effrayante des espaces du Nouveau Monde, encore moins le monde soliloque des forêts boréales. Quel aurait été son rapport à la nature s’il avait débarqué, comme Samuel Champlain, sur les immenses plaines du Canada où les cours d’eau n’ont pas toujours de source connue et où les bois et les sous-bois n’ont jamais entendu d’écho d’homme? Et pourtant, dans les Confessions, l’éternel romantique pressent la tristesse de l’absence de la conscience: Rien n’est si triste que l’aspect d’une campagne nue et pelée qui n’étale aux yeux que des pierres, du limon et des sables. Ce n’est pourtant ni la nudité des pierres, ni l’amertume du limon, ni la solitude des graines de sable qui réveillent la tristesse d’une campagne inhabitée.

C’est l’absence, de ce que Saint-Exupéry appelait, la Terre des hommes.

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