Paysages urbains et mélancolie

Istanbul est pour Pamuk ce que Paris est pour Baudelaire : une source inépuisable d’inspiration et de spleen. Hüzün, ce sentiment généralisé de mélancolie, plane sur Istanbul et ses habitants et se faufile entre les traces tangibles de la décadence d’un grand empire. Or, en suivant la vie des écrivains étrangers de passage à Istanbul, Pamuk s’aperçoit que cette apparente mélancolie n’est qu’une strate parmi d’autres, tout dépend de l’emplacement et du point de vue de l’observateur, dans une ville palimpseste qui cache dans ses entrailles toutes les altérités.

À travers les lunettes de la déconstruction et ceux des théoriciens du third space, Maya Ombasic démontre qu’à partir de la figure du double qui obsède Pamuk, le célèbre romancier propose un autre espace-temps, à la fois littéraire, mais aussi géopolitique, quelque part entre la réalité et la fiction, entre l’Est et l’Ouest, entre la tradition et la modernité. Et c’est cet entre-deux, omniprésent dans son oeuvre, qui campe indéniablement Orhan Pamuk parmi les meilleurs romanciers de notre époque.