Maya Ombasic

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Entrevue sur TV5 – L’Invité

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"Je serai une déracinée toute ma vie"

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  • C'est ça l'héritage des Balkans : savoir se foutre de la gueule du malheur.

    C'est pour lui que Maya Ombasic, après avoir vu Nostalghia, film dAndreï Tarkovski (1983), a forgé le terme de « mostarghia » qui donne son titre au récit. Cette maladie, puisque c'en est une, tient au fait d'« avoir connu Mostar dans ses jours glorieux puis Mostar après la guerre et les déchirements ». « C'est comme vivre une lente agonie sans avoir la possibilité d'en finir», dit-elle. «Avant que n'éclate la guerre, écrit Maya Ombasic, dans cette cité multiethnique, les gens se sentaient, avant toute autre chose, mostarci. Je n'ai connu nulle part ailleurs une histoire d'amour aussifusionnelle entre une ville et ses habitants. Est-ce dû au climat enchanteur? A la lumière qui semble irradier des êtres et des choses ? Ou encore à la mystérieuse Neretva couleur émeraude, qui ajoute une note tropicale dans une région sèche et difficile d'accès ?» Toujours est-il que si Maya, son frère et sa mère ont tout mis en oeuvre pour reconstruire leur vie en exil, faisant « l'effort de l'assimilation, (...) de s'intéresser à l'autre», le père en a été incapable. Il a refusé d'apprendre la langue des pays qui l'ont accueilli, sans doute pour « ne faire partie d'aucun contrat social ». Il a noyé sa souffrance dans l'alcool, exigé la présence constante de sa fille à ses côtés, n'hésitant pas à sauter du balcon lorsqu'elle lui annonça au télé- phone qu'elle partait étudier loin de lui. Il a rendu à sa famille la vie impossible, contraint son entourage à lui servir constamment d'interprète. « Traduire, c'est tout ce que je fais depuis que nous avons débarqué [au Canada], écrit Maya Ombasic./e suis celle par qui le monde extérieur communique avec toi. Je reçois l'information, je la mâche puis, comme un oiseau nourrissant ses petits, je la régurgite doucement dans ta bouche. » Mostarghia n'est pourtant pas une lettre au père sous forme d'acte d'accusation. Mais plutôt un récit de filiation, à travers lequel l'auteure cherche à démêler ce que la parfaite Canadienne qu'elle est devenue, professeure de philosophie habituée à faire usage de sa raison pour mettre à distance la folie du monde, doit à son père et à Mostar. Pour Maya Ombasic, il n'y a pas d'exil heureux. Devoir quitter son pays de naissance ne peut jamais être vu comme une chance. Mais être née à Mostar lui permet de comprendre au moins une chose : «Les gens réfléchissent beaucoup au malheur des autres, mais le malheur, lui, n'a pas de raisonnement. Il frappe quand il frappe, c'est tout. Il faut simplement apprendre à vivre à ses côtés, en essayant de se foutre de lui. C'est ça l'héritage des Balkans : savoir se foutre de la gueule du malheur. »

    C'est ça l'héritage des Balkans : savoir se foutre de la gueule du malheur.
    Florence Bouchy
    Le Monde
  • L'Inconsolable

    « Quelle serait ma vision du monde, se demande-t-elle, si mon cerveau avait traversé l’adolescence en allemand et non en français ? Le rythme de ma poésie serait-il différent ? Le goût de mercure que j’ai dans la bouche, certaines nuits sans espoir, serait-il le même dans la langue de Nietzsche que dans celle de Rousseau ? »

    À Genève comme à Ottawa, où la famille se retrouvera quelques années plus tard, il refusera toujours d’apprendre la langue, caressant plutôt son malheur et la relation de dépendance envers sa femme (qui doit subvenir toute seule aux besoins de la famille), son fils et sa fille. Sa fille qui étouffe et se noie dans l’omniprésence de cet être excessif, tragique mais aussi fascinant, habité aux yeux de sa fille par la grâce. « Cette grâce qui t’accompagne, je l’explique par la relation privilégiée que tu entretiens avec les Tziganes. En ex-Yougoslavie, tout le monde les a toujours détestés, sauf toi et Kusturica. »

    Une lente agonie en dents de scie à laquelle seule la mort viendra mettre un terme.« Vingt-sept années à se tenir entrelacés à l’intérieur d’un cercle d’émotions excessives, typiquement slaves, où la haine et l’amour, la tristesse et le burlesque sont tricotés en un même sentiment, comme dans les films de Kusturica. » Mais c’est en voyant les centaines de personnes venues assister aux funérailles de son père, à Mostar, que l’écrivaine comprendra toute la signification du mot « appartenir ». Livre hommage bouleversant traversé de tendresse et de lucidité, Mostarghia est porté par la voix forte et sensible de Maya Ombasic qui nous fait entrevoir l’envers plus sombre de l’exil. Magnifique.

     

    L'Inconsolable
    Christian Desmeules
    Livre et Lire
    Le Devoir
  • "Maya Ombasic et le poids de l'exil en ex-Yougoslavie"

    "Comment alors se construit-on à partir de ces fantômes du moi qui se dérobent constamment. Et que devient ce moi multiple après ce coup de dés? Dans mon cas, ma langue maternelle est le serbo-croate, mais j'ai dû apprendre le français, l'anglais, l'espagnol...Lire Derrida m'a aidé à être multiple, et à en faire quelque chose de positif. Ces choix de langues, comme celui de venir vivre au Canada ont été ma liberté. Mais encore faut-il avoir la possibilité d'être un citoyen reconnu, c'est-à-dire disposer de papiers, pour y accéder. Or, les réfugiés d'aujourd'hui, les migrants, ne l'ont pas. Durant nos années en Suisse, je traversais la douane illégalement pour aller à  Paris et "faire les musées" C'était un défi mais pour avoir accès à la liberté, à la culture, il faut une reconnaissance civique quelque part, pour que l'exil soit choisi et non plus subi"

     "Maya Ombasic et le poids de l'exil en ex-Yougoslavie"
    Hubert Artus
    Lire
  • Maya Ombasic, la fille d'Ulysse

    «J'avais l'impression d'accomplir un devoir de guide, de mener à bon port un bateau à la dérive. ll (le père) refusait tout contrat social», se souvient Maya Ombasic. Elle 19 ans lorsque la famille a émigré au Canada. L'espoir d'un nouveau départ sur une nouvelle terre. Mais l'artiste écorché attaché aux idées communistes, ne supporte pas le capitalisme, I'individualisme, et se laisse sombrer. Comme un ultime et inutile antidote, sa fille l'a emmené à Cuba, le «paradis perdu » dans lequel pour la première fois, elle s'est sentie acceptée « Quand y suis allée avec des amis européens, on m'a déroulé le tapis rouge parce que je venais d'un pays socialiste, c'était un renversement de fortune. J'ai aussi retrouvé à Cuba l'idée de la mer comme espace onirique et tragique. Aujourd'hui, je ne peux pas regarder les images des migrants en Méditerranée, c'est est trop dur ». Réalisant inconsciemment le rêve de son père, Mava Ombasic a épousé un Cubain et vit entre Montréal et Ia Havane. Sa fille, âgée de 6 mois entend chaque jour trois langues l'espagnol, le bosniaque et le français « C'est Babel, à la fois le symbole de l'unité avant le désastre le drame qui est arrivé à notre famille mais aussi une nouvelle page qui s'écrit dans d'autres langues ».

    Maya Ombasic, la fille d'Ulysse
    Sophie Joubert
    Journaliste
    l'Humanité
  • Du style, je vous dis. Du souffle. Et de la profondeur.

    Du style, je vous dis. Du souffle. Et de la profondeur. De la sensualité, aussi. Beaucoup. C’est noir, oui. Mais avec des éclaircies. Et partout, une touche d’étrangeté qui s’insinue. Cette façon de raconter les choses qui ne dit pas tout, en dévoile juste assez. Comment dire? On souhaiterait prolonger le plaisir. On en voudrait plus, plus, plus. Encore. Elle s’appelle Maya Ombasic. Et elle écrit. Mais écrit vraiment.

    Du style, je vous dis. Du souffle. Et de la profondeur.
    Danielle Laurin
    LE DEVOIR

Biographie

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Maya Ombasic est née à Mostar en 1979, en Bosnie-Herzégovine, qui faisait alors encore partie de l’ancienne Yougoslavie. Elle a fait ses études primaires et secondaires en serbo-croate et a eu la chance de recevoir simultanément l’enseignement en latin et en cyrillique, en plus d’être la dernière génération à avoir porté l’uniforme des pionniers. En 1992, lorsque la guerre civile éclate et mène au démantèlement de la Fédération yougoslave, après plusieurs périples à travers l’Europe, elle immigre enfin en Suisse, à Genève, où elle passera son adolescence et ira au célèbre Collège Calvin où elle a fait sienne la langue française.

 

En 1999, ensemble avec sa famille, elle quitte l’Europe et s’installe à Ottawa où elle obtint en 2003 un baccalauréat en philosophie à l’Université d’Ottawa et où elle ajoutera une autre langue à son usage quotidien, l’anglais. Pendant les années passées dans la capitale canadienne, elle a suivi quelques cours au Collège dominicain où le Père Lavoie lui a indubitablement transmis la passion pour Bergson et par ricochet, pour la philosophie. Elle part par la suite à Montréal, faire une maitrise en philosophie à l’Université de Montréal, qu’elle obtint en 2006. S’en suit un doctorat en philosophie qu’elle changera au cours de route pour un doctorat en littérature comparée, qu’elle obtint en 2013.

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